Pour les dirigeants iraniens, les funérailles de l’ayatollah Khamenei doivent montrer au monde entier que leur pays est vainqueur dans cette guerre décidée par Israël et les Etats-Unis. La dépouille du guide suprême enveloppée dans un drapeau aux couleurs de l’Iran, sera exposée jour et nuit jusqu’à lundi dans l’enceinte de la Grande Mosalla, un vaste complexe religieux de la capitale.
En 1989, à la mort de son prédécesseur, le fondateur de la République islamique, l’ayatollah Rouhollah Khomeini, environ 10 millions de personnes avaient assisté à ses funérailles. Cette fois, ce sont 15 à 20 millions de personnes qui sont attendues. Jeudi, le chef de l’équipe de négociation iranienne, Mohammad Bagher Ghalibaf, a « invité tout le peuple iranien (…) à écrire une page glorieuse de l’histoire de l’Iran islamique par votre présence aux obsèques ». Il a affirmé que l’Iran (…) s’apprête à vivre l’un des moments les plus marquants de son histoire ». Rien n’a été négligé pour que l’événement soit une démonstration de force et un moment politique marquant soulignant l’unité du pays. Bus et trains réquisitionnés pour assurer les transports, des hébergements ont été prévus ainsi que la nourriture… Certains hôtels vont jusqu’à offrir des réductions à moitié prix, tandis que les écoles, mosquées et gymnases ont été préparés pour accueillir les pèlerins, relate Reuters.
Ces funérailles sont également un épisode diplomatique destiné à prouver que l’Iran n’est pas isolé. Une trentaine de pays étrangers sont représentés, dont la Russie – par Medvedev-, la Chine, l’Inde, le Pakistan, la Géorgie, le Tadjikistan et Cuba. Aucun Occidental n’est invité.
Première surprise : le chef des gardiens de la Révolution Ahmad Vahidi, qui n’était jamais apparu en public, s’est recueilli devant la dépouille du guide suprême. Selon les services de renseignement occidentaux, c’est lui qui détient « la majorité du pouvoir décisionnaire. Il a profité du vide provoqué par la mort de l’ayatollah Khamenei pour s’immiscer dans tous les domaines : militaire, politique et régional ». Le président Massoud Pezeshkian a également été vu à la grande Mosalla en compagnie de Mohammad Bagher Ghalibaf.
Vahidi et Pezeshkian, soit les deux faces du pouvoir. Le premier, avec les durs des gardiens de la révolution, estiment que la priorité doit être le contrôle absolu du détroit d’Ormuz tandis que, plus pragmatiques, le second et les modérés cherchent surtout à réduire la grave crise économique qui affecte tous les Iraniens. Selon L’Orient-Le Jour, Téhéran aurait obtenu le déblocage de trois milliards de dollars qui devraient servir à financer l’achat de biens de première nécessité dont une partie sera achetée auprès des Etats-Unis.
Pas sûr que la démonstration de force fonctionne. En effet, si l’on ne voit pas le nouveau guide suprême, Mojtaba Khamenei, des doutes persisteront sur sa santé, ses capacités à diriger et, in fine, sur la stabilité ou la fragilité du pouvoir.
Ali Khamenei sera enterré le 9 juillet, dans sa ville natale de Machhad, près du sanctuaire de l’imam Reza, l’un des lieux les plus sacrés du chiisme.
