A Bichkek, capitale du Kirghizistan où s’est réunie l’Organisation de coopération de Shanghai, Vladimir Poutine est apparu en forme, sans souci. Il a fait l’éloge d’ « un monde multipolaire et ordonné » et de son entente totale avec Xi Jinping qui, de son côté, a appelé à « une sécurité universelle ». Pas un mot sur la peur qu’éprouverait le dictateur moscovite. En effet, le très sérieux magazine britannique The Economist rapporte qu’il a confié ses craintes à des proches disant : « Ils vont me pendre ». On ne peut vérifier l’exactitude du propos, ni le contexte. Il pourrait s’agir d’une plaisanterie, mais quel que soit le ton, ces mots seraient en lien avec la guerre en Ukraine meurtrière et coûteuse qui mécontente de plus en plus la population, des oligarques et de nombreux militaires dont, bien sûr, les centaines de milliers qui reviennent blessés, mutilés du front. L’institut Levada indique que 57% des Russes estiment que la situation est « tendue ».
Plusieurs sources estiment que Vladimir Poutine, paranoïaque, vit dans la peur depuis le début de son « opération spéciale » qui se prolonge alors qu’elle n’aurait dû durer que quelques jours ou semaines. Certaines rappellent qu’il a été très marqué par le lynchage de Kadhafi en 2011. Même s’il se sent menacé, l’homme qui se voit rester au pouvoir jusqu’en 2035, est allé trop loin pour reculer. Il doit avancer et ne pourrait se résoudre à des négociations que s’il conquiert totalement le Donbass. Inenvisageable pour l’instant : ses forces n’ont pris qu’1% du territoire l’an dernier. Selon Sherbank, une des principales banques russes, Moscou n’a que 7% de chances d’obtenir une victoire décisive, contre 32% pour un gel négocié sous l’égide de Trump.
Pour l’instant, Poutine pense mobilisation et offensive. En deux ans, il enrôlerait 600 000 hommes soit en décrétant une mobilisation générale, soit plutôt en imposant des quotas aux régions. Aujourd’hui malgré les ponts d’or promis aux recrutés et aux recruteurs, il n’y aurait pas plus de 1 000 engagés volontaires par mois, dont des étrangers, des Africains trompés, abusés par de fausses promesses. L’offensive, ce sont surtout des frappes de drones et de missiles qui tuent tous les jours des civils. Le 22 août dernier, Poutine a annoncé des attaques « beaucoup plus destructrices » et c’est bien le cas… On parle aussi, mais les experts militaires n’y croient guère, à une offensive terrestre en direction de Kiev comme en février 2022.
On commence également à évoquer l’utilisation d’armes nucléaires tactiques. Le député nationaliste Alexei Juravlev le demande pour faire capituler Kiev, mais cela ne correspond pas à la doctrine nucléaire de Poutine, à moins que la situation n’empire nettement. Très pessimiste, Keith Kellogg, ancien émissaire spécial de Donald Trump, voit Poutine, d’escalade en escalade, provoquer une troisième guerre mondiale. Il est, dit-il, « un peu comme Adolf Hitler ».
