« Les mabouls qui nous expliquent qu’il faut se fâcher avec l’Algérie sont sans doute mécontents : en ce 8 mai, jour de la commémoration de la victoire des alliés sur les Nazis, la ministre française déléguée aux Armées, Alice Rufo, est en Algérie pour participer à la commémoration des « événements tragiques » du 8 mai 1945 à Sétif, lors d’une répression française. Ce jour-là un drapeau algérien avait été brandi et des cris « Algérie indépendante » avaient fusé. Un policier français avait tiré, le début d’une répression féroce qui avait fait de 10 à 20 000 morts, 45 000 selon Alger. Ce n’est pas la première fois qu’un officiel français est présent, mais cela constitue un événement marquant après le gel des relations entre les deux pays, l’emprisonnement de Boualem Sansal et de Christophe Gleizes, la condamnation de Kamel Daoud…

Le dégel s’était amorcé en février avec la visite du ministre français de l’Intérieur Laurent Nunez suivie notamment par celles, à l’invitation d’Alger, d’ Anne-Claire Legendre, présidente de l’Institut du monde arabe et de Patrick Martin, président du Medef. Les contacts étaient renoués et, hier, Laurent Nunez indiquait que « depuis que je suis allé en Algérie, c’est reparti. On a eu 140 laissez-passer délivrés » -document nécessaire pour expulser les Algériens sous OQTF.
Aujourd’hui, avec cette visite ministérielle et le retour de l’ambassadeur Stéphane Romatet, rappelé à Paris, il y a un peu plus d’un an, l’Elysée espère une normalisation durable « dans l’intérêt même des peuples français et algérien ». Dans les milieux diplomatiques, personne ne croit que cela va être facile, mais on fait état d’un optimisme prudent. Dossiers délicats et points de friction demeurent, dont le Sahara Occidental. Alger ne pardonne pas à Paris d’avoir pris le parti de Rabat. Tebboune et ses militaires, peu appréciés de la population depuis le Hirak, ne cessent de se servir de la France comme bouc émissaire de tout ce qui va mal…
En France également, ce n’est pas gagné. Les « mabouls » ne vont pas plier. Fin avril, leur « patron », Bruno Retailleau, candidat à la présidence, avait défendu sa volonté de fermeté et déclaré que « si je suis maboul, alors une écrasante majorité de Français l’est également. Car les Français ne supportent plus de voir leur pays humilié par l’Algérie ». Il y a un peu plus d’un an, un autre possible prétendant, Jordan Bardella, dont un arrière-grand-père est algérien, disait sur Europe 1 que « depuis plusieurs années, voire plusieurs décennies, le régime algérien multiplie les injures et les provocations à l’égard de la France » et concluait : « Nous avons donné à l’Algérie son indépendance. Il faut maintenant que le régime algérien nous donne la nôtre ».
Lié à l’immigration, le dossier algérien occupera une bonne place dans la campagne présidentielle française. Qu’ils le veuillent ou non, Français et Algériens ont des intérêts communs. La prochaine étape attendue de la réconciliation que Macron espère voir avant la fin de son mandat, est la libération du journaliste Christophe Gleizes.
