Le 25 juin, Volodymyr Zelensky annonçait « une offensive de 40 jours pour faire pression sur l’agresseur, forcer la paix ». Pour aussi saper le moral des Russes et les pousser à demander à Vladimir Poutine de négocier. Les frappes ciblaient surtout des installations pétrolières et énergétiques. Depuis l’été 2025, Kiev visait principalement des radars et les batteries de défense aérienne afin d’ouvrir des « routes » à ses drones. Ces drones sont les armes majeures d’une stratégie élaborée par le ministre de la Défense, Mykhaïlo Fedorov, celui-là même qui vient d’être démissionné au bout de six mois par son président qui, en 2019, en avait fait, à 28 ans, le plus jeune ministre de l’histoire de l’Ukraine. Féru d’informatique et de nouvelles technologies, il avait pour ambition de moderniser l’armée et d’élaborer de nouvelles stratégies afin de pallier les pénuries de soldats, d’argent et de munitions. Pour les jeunes et une grande partie de la population, ce geek est à l’origine des succès récents qui lui ont valu un soutien renouvelé des États-Unis. L’opposé du commandant en chef de l’armée ukrainienne, Oleksandr Syrsky, un général de 61 ans qui fonctionne suivant un modèle soviétique. On lui attribue des réussites mais nombre d’Ukrainiens voient en lui « un boucher qui mène réellement des assauts de chair à canon dans lesquels nos gens meurent tout simplement ».
Le conflit montait entre les deux hommes. Le ministre reprochait au général d’avoir entravé des réformes pour une armée usée par plus de quatre ans de guerre contre la Russie et en sérieux manque de nouvelles recrues pour le front. Il affirmait également qu’ « au lieu de trouver comment vaincre la Russie, il cherche comment diviser le pays » en ourdissant des intrigues, en montant ses officiers les uns contre les autres et en les enfermant dans des lourdeurs bureaucratiques. Le général aurait riposté en présentant un « ultimatum » au président, exigeant son départ. Zelensky a choisi le commandant en chef, provoquant le mécontentement d’une bonne partie de ses concitoyens qui ont manifesté à Kiev et dans plusieurs villes aux cris de « honte », « rendez-nous Fedorov ». Ce dernier pourrait retrouver un poste important et, selon des rumeurs, Syrsky serait bientôt écarté…
Volodymyr Zelensky qui a changé tout son gouvernement, aurait aimé, dit-il, « ne pas avoir à choisir » a assuré « comprendre, écouter et répondre à la société ». Il cherche à renforcer l’efficacité de l’administration et la résilience du pays, notamment à l’approche de l’hiver, avec la menace qui plane sur le système énergétique. Ce qui explique la nomination de Serhii Koretskyi au poste de Premier ministre. Spécialiste du secteur énergétique, il avait été loué pour sa gestion des ressources durant le rude hiver précédent, lorsque les frappes russes avaient plongé des millions de personnes dans le noir et le froid.
Si des Ukrainiens ont manifesté contre leur président, comme l’an dernier quand ils protestaient contre une tentative de réduire l’indépendance des principales institutions ukrainiennes de lutte contre la corruption, il ne semble pas que Zelensky soit vraiment menacé car les Ukrainiens sont soucieux de stabilité. Tout dépendra de l’évolution de la guerre, du résultat de ces 40 jours d’offensive.
À Moscou, plusieurs blogueurs militaires se sont félicités de cette crise politique, l’un d’eux remerciant même M. Zelensky d’avoir écarté un ministre qui avait « causé tant de problèmes » aux forces russes.
