Hier à Moscou, le défilé était minimaliste, mais le discours présidentiel aussi patriotique qu’à l’accoutumée : la victoire sera au rendez-vous et les soldats russes peuvent compter sur le soutien de tous les Russes. La guerre, ou plutôt « l’opération spéciale » se poursuivait. Quelques heures plus tard, Vladimir Poutine changeait de ton au cours d’une conférence de presse. S’il accusait toujours « les soutiens de l’Ukraine », c’est-à-dire l’Otan de prolonger le conflit, « d’intensifier la confrontation », il surprenait en affirmant : « je pense que cela touche à sa fin, mais la situation reste grave ».
Le président russe rejoignait son homologue et « ami » américain qui, lui aussi, voyait le début de la fin de la guerre. Pas sûr du tout en réalité, mais Poutine semble faire du Trump en masquant ses échecs, en faisant porter sur l’autre la responsabilité. Comme l’Américain, il s’adresse avant tout aux siens, à ceux qui commencent à le lâcher, à ne plus supporter cette guerre, il cherche à susciter l’union autour de lui ou, pour le moins, à limiter les dégâts. Contrairement à ce qu’il prétend, ses forces perdent du terrain et il a du mal à recruter « de la chair à canon ». Les médias indépendants russes Mediazona et Meduza ont dévoilé un nouveau décompte du nombre de Russes tués en quatre ans de conflits : 350 000 personnes. Selon l’état-major ukrainien, au 9 mai, la Russie a perdu environ 1 340 270 soldats, tués ou blessés.
La guerre, qu’il a voulu et qui devait lui apporter la victoire en quelques jours, est un échec qu’il ne peut reconnaître. Comme Trump… Il dit attendre des propositions de Volodymyr Zelensky qui lui permettront de réaffirmer que ce sont l’Ukraine et l’Otan qui refusent la paix en présentant des exigences inacceptables. Le Kremlin n’a pas changé d’avis : les oblasts ukrainiens occupés en totalité ou en partie sont et resteront russes… Attaquée, menacée, la Russie ne fait que se défendre… Et la guerre continuera…
Un peu plus de quatre ans après le déclenchement de « l’ opération spéciale », la Russie est fragilisée, son économie est en berne, le niveau de vie baisse et le maître du Kremlin est sous pression de l’armée, des services de renseignement et des industriels. On a souvent dit que sa chute était proche, voir inéluctable. Il tient toujours. Peut-être grâce à la guerre, à la menace qu’il peut agiter. La paix pourrait le mettre face à ses responsabilités, hâter la fin de son règne… Pas vraiment du Trump…
