C’était le temps du « grand jeu » qui opposait les empires britannique et russe en Asie au 19ème siècle. En 1893, le diplomate anglais Mortimer Durand impose à un Afghanistan affaibli un accord frontalier, la « ligne Durand », longue de plus de 2500 km, qui divise la région pachtoune en deux, un tiers côté afghan, deux tiers côté pakistanais. Le Pakistan accepte, l’Afghanistan non. En 1947, l’Afghanistan est le seul pays à voter contre l’adhésion à l’ONU du Pakistan devenu indépendant. Une ligne héritée du temps colonial, une ligne source de conflit permanent.
Malgré ce différend, les relations ont souvent été bonnes, amicales entre les deux pays. Islamabad soutenait les Pachtounes , principale composante des talibans, formés en 1994 , pendant la guerre civile qui opposaient les différentes ethnies pour la conquête du pouvoir après la victoire contre l’Union soviétique qui avait envahi le pays en 1979 et avait été chassée dix ans plus tard.

Même aide et soutien après 2001 quand les États-Unis débarquent après le 11 septembre. En février 2020, l’administration Trump signe à Doha un accord avec les talibans pour mettre fin à la guerre alors que ces derniers gagnent sur le terrain. En juillet, 2021, quand Biden confirme le retrait, ils contrôlent 85 % du pays. Le 15 août, ils s’emparent de Kaboul. Le début d’un calvaire pour les femmes…
Le ministre pakistanais de l’Intérieur de l’époque, Sheikh Rasheed Ahmed, se réjouit et croit à la formation d’un « nouveau bloc » marquant une nouvelle ère pour un renforcement des relations entre les deux pays. Déception car le nouveau pouvoir se prononce contre la « ligne Durand », contre cette séparation des Pachtounes. Ceux du Pakistan, du Tehrik-e-taliban Pakistan, créé en 2007, sont en lutte contre le pouvoir central. Ils seraient responsables de l’assassinat de Benazir Bhutto en décembre 2007. Depuis 2021, les incidents et affrontements se multiplient avec des périodes de calme. Islamabad, qui de 2023 à 2025 a renvoyé quelque deux millions de réfugiés, accuse Kaboul d’abriter ces talibans pakistanais. Une guerre à bas bruit qui, en 2025, a tué 4 000 Pakistanais dans 1070 incidents ou attentats.En octobre de cette année-là, les affrontements ont été particulièrement violents et Islamabad a bombardé Kaboul et d’autres villes pour atteindre les « repaires » des talibans pakistanais.
Les pays du Golfe et la Chine ont tenté des médiations qui n’ont pas abouti et, le 26 février, après des affrontements meurtriers, l’aviation pakistanaise a bombardé plusieurs grandes villes afghanes. Le lendemain, Islamabad décrétait la « guerre ouverte ». Et ce lundi 16 mars, son aviation lâchait des bombes sur un hôpital pour toxicomanes de Kaboul, causant environ 400 décès et des centaines de blessés selon les autorités afghanes. Peut-être beaucoup plus car ce centre médical accueillait des milliers de patients. Islamabad affirme n’avoir visé que des cibles militaires.
La géopolitique complique cette guerre : l’Afghanistan est proche de l’Inde qui, en rivalité avec la Chine, cherche à ouvrir de nouvelles routes vers l’Asie. Le Pakistan, en conflit avec New Delhi à propos du Cachemire, est un allié de la Chine…
A noter que les forces sont disproportionnées entre les deux pays et que, selon le Programme alimentaire mondial de l’ONU (PAM) une « instabilité persistante (pousserait) des millions de personnes à souffrir encore plus de la faim » en Afghanistan.
