Environ sept millions d’Israéliens sont appelés à voter mardi. Un scrutin jugé existentiel où la sécurité passe avant la paix. Benjamin Netanyahou, qui emploie tous les moyens pour conserver le pouvoir, est clair : moi ou le chaos, moi ou les Palestiniens. La mort en Cisjordanie de deux militaires israéliens, un acte de résistance plus que de terrorisme – des soldats visés et non des civils- a fourni une occasion rêvée au Premier ministre de l’Etat hébreu pour lancer une opération militaire majeure « comme il n’y en a pas eu depuis la guerre des Six-Jours” en 1967. Déjà des maisons et immeubles détruits et plus de 2 000 personnes déplacées de force. De possibles « crimes de guerre » selon l’ONG israélienne B’Tselem.
En agissant ainsi, Bibi entend bien faire comprendre qu’il n’y aura jamais d’Etat palestinien, que le peuple juif est chez lui à Gaza, en Cisjordanie et même au-delà. Il est conscient de ses torts au regard du droit international, qu’il est au ban du monde et que son pays risque des sanctions, qu’ « il faut préparer une économie alternative capable de fonctionner en contournant ces sanctions». Seul Donald Trump, qui l’a naguère traité de « putain de cinglé » lui accorde un « soutien plein et entier ».
Même s’il est de plus en plus contesté, détesté par une bonne partie de ses concitoyens, les jeux ne sont pas faits. Les quatre partis centristes dirigés par Gadi Eisenkot, Yaïr Lapid, Naftali Bennett et Avigdor Liberman sont à égalité avec le Likoud de Netanyahou associé aux extrémistes suprémacistes, et même un peu devant selon certains sondages mais Bibi, sait, après le vote, manipuler, promettre, changer les alliances…
Ce mardi, les partis arabes, qui représentent 20% de la population, pourraient faire pencher la balance. Netanyahou a tenté de les empêcher de se présenter mais la Cour suprême l’a désavoué et Ra’am, liste arabe unie dont le numéro 2 est un juif, et la Liste unifiée seront présentes et pourraient obtenir de douze à quinze députés. On s’attend à ce que les électeurs arabes votent plus que d’habitude, 70% contre 50%. Le problème est que seul le parti Yesh Atid -Il y a un futur-de Lapid n’a pas exclu une alliance avec eux. Pour gouverner, les trois autres peuvent changer…
Les expatriés, obligés de venir en Israël s’ils veulent voter, pourraient aussi peser sur les résultats. Le Premier ministre a tout fait pour tenter de les dissuader de venir. Ceux qui seront présents sont principalement des opposants qui estiment qu’il a non seulement sapé l’Etat de droit mais abîmé gravement l’image d’Israël. Tellement dégradée que de plus en plus d’Israéliens envisagent de partir si rien ne change. Pour la première fois, le nombre de départs est supérieur à celui des arrivées.
