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L’Action municipale : Gloires et déboires

Tunisie Direct par Tunisie Direct
depuis 1 jour
dans CULTURE, IDÉES & DÉBATS, Les infos du jour
L’Action municipale : Gloires et déboires

Le théâtre municipal : le sanctuaire de l’art devenu l’arène des politiques

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(Réflexion inédite revisitée, elle a été initialement rédigée à l’occasion du centenaire du Théâtre Municipal de Tunis le 20 novembre 2002)

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par Mohamed GARFI Compositeur, Docteur en Musique et Musicologie (Université Paris IV, Sorbonne)

Depuis l’insurrection de 2011 le grand escalier de l’édifice, tel la tribune du Hide Parc de Londres, est devenu la scène de toutes sortes de manifestations politiques et sociales. En attendant des jours meilleurs, l’art et la culture sont été bel et bien absents.

Le sanctuaire de l’art

Chaque fois que l’un de ses reporters se rendait au théâtre municipal de Tunis pour couvrir un évènement artistique al-Hadi Laabidi le célèbre poète et rédacteur en chef du journal as-Sabah lui recommandait  fermement : « n’oublies pas d’écrire au chapo de ton reportage nous avons passé des moments agréables dans le sanctuaire de l’art ». C’est ainsi que les intellectuels de l’entre-deux-guerres appelaient ce joyau architectural qui vit défiler sur ses planches les plus célèbres sommités artistiques aussi bien occidentales qu’orientales. 

Le Théâtre Municipal de Tunis inauguré le 20 novembre 1902 a depuis quelque temps fêté un siècle d’existence. Entre gloires et déboires, il fut un parmi tant d’autres établissements de culture et de loisirs que la Municipalité de Tunis a construit au début du vingtième siècle avec les deniers des contribuables tant Tunisiens que résidents Européens, dans un double objectif politique et culturel visant à rendre la vie des citoyens plus agréable et inoculer des traditions culturelles nouvelles dans la Régence arabo-musulmane réduite depuis quelques siècles à une vie précaire. 

Rescapé du vingtième siècle grâce à l’intervention salutaire du président Bourguiba, ce monument architectural de style art nouveau  surnommé la bonbonnière Resplendy, du nom de son architecte, est sorti indemne de deux incendies meurtriers et échappa de justesse à la démolition : des investisseurs étrangers ayant eu l’accord en 1980, par des moyens occultes, de construire sur son emplacement un Tunis Center de 22 étages. Le président Bourguiba à qui le théâtre municipal tenait à cœur fit échouer leur plan in extremis en repoussant la maquette par un coup de canne. 

Cette affaire fit couler beaucoup d’encre en temps opportun et malgré diverses pétitions signées par les intellectuels de l’époque, le grandiose cinéma Palmarium de 1500 places avec sa galerie marchande, la majestueuse salle d’exposition galerie Yahya et l’hôtel Tunisia Palace sont démolis sous le régime Ben Ali pour céder la place à un immeuble patibulaire digne d’une quelconque localité banlieusarde, sans cœur ni âme et sans fonctionnalité aucune sinon servir de coursive pour les badauds et abriter quelques commerces anodins.

Le peintre et homme de théâtre Habib Chebil (1939-2004) disait en souriant : « saviez-vous pourquoi la capitale est devenue si moche ? » et continuait sans attendre de réponse «  parce que la municipalité ne consulte guère les artistes ».

Du rôle de la Commune

Bien que le système communal ait existé en Europe depuis le dixième siècle, il semble que la Municipalité est une réinvention de la Révolution française de 1789.

Toutefois l’organisation municipale ne date pas du dix-neuvième siècle, la plus ancienne municipalité du monde est Ariha (Jéricho) en Palestine qui, contrairement aux allégations mensongères des sionistes, a été continuellement habitée, avec des premières traces de peuplement remontant à environ 9 000 ou 10 000 ans avant J.-C. (soit près de 12 000 ans d’histoire). 

Carthage aussi avait son conseil municipal au IIème siècle de notre ère, il était composé d’une centaine de décurions (chef d’un groupe de dix citoyens) « le Conseil des Cents », choisi par le suffrage des tribus électorales.

A rappeler notamment que la première municipalité tunisienne des temps modernes a été créée par le bey M’Hammed en 1858 bien avant l’instauration du protectorat français (1881), la mairie de Tunis fut confiée de 1858 à 1865 au mamelouk circassien le général Hussein (1828-1887) lequel entama d’importants travaux de modernisation.

Il n’est pas en vain de rappeler que l’organisation communale moderne vise indiscutablement trois objectifs majeurs :

1. Préserver la vie citadine de manière qu’elle ne se dégrade en vie rurale (aménagement du territoire communal en fonction des besoins vitaux de la cité, veiller à la propreté de la cité, sauvegarde des biens collectifs en l’occurrence les édifices représentatifs)

2. Améliorer la qualité de la vie des citoyens communaux, d’ailleurs contribuables, en fonction du développement de la société.

3. Gérer et préserver les biens de la commune, propriété indivise des citadins.

La municipalité a-t-elle atteint ces objectifs ?

Au vu de l’état actuel des choses il est difficile de répondre par l’affirmative, car certains élus municipaux que nous avons connus sous-estiment les besoins culturels de la société civile et ne semblent s’intéresser aux affaires communales que par le hasard des réunions du Conseil ; ils oublient souvent qu’ils sont redevables à leurs concitoyens dans la mesure où ils sont porteurs de leurs doléances.

L’action communale est fondamentalement un volontariat civique et non une action politique, car quelles que soient leurs tendances ou leurs couleurs, les élus sont délégués par l’ensemble des citadins non pour débattre de la politique mais pour assurer des obligations vitales bien définies.

Environnement sonore

La pollution sonore est un phénomène nouveau auquel toutes les villes du monde sont confrontées. Outre la densité du trafic automobile, les bruits des moteurs, réacteurs, marteaux piqueurs et autres appareils tapageurs, la ville est submergée de kiosques à musique rugissant à chaque bout de trajet et assaillant les passants par un débit de musique tonitruante de mauvais goût défiant les capacités auditives de l’humain.

Dans tous les pays, la préoccupation de l’environnement s’étend aux nuisances sonores, mais chaque fois qu’un règlement limite par l’isolation ou des perfectionnements techniques le niveau du bruit d’un engin, c’est le nombre de sources sonores qui augmente au point que les médecins s’inquiètent des menaces sur notre sensibilité auditive et même notre santé mentale.

Devant un phénomène aussi grave qui infecte la vie quotidienne des citoyens, les municipalités semblent méconnaître son ampleur et négliger son effet nuisible. Aucune réglementation du débit sonore que nous subissons de jour comme de nuit sinon un décret séculaire sur le « tapage nocturne » (vingt deux heures le respect du voisin) ou « état d’ébriété manifeste et débauche sur la voie publique », d’ailleurs rarement appliqué et très mal observé, fixant les horaires du tapage autorisé, les travaux aussi bien intérieurs qu’extérieurs, la livraison des marchandises, la circulation des gros cylindrés etc. 

A cela s’ajoute aujourd’hui les « boucles » répétitives portant les cris métalliques des colporteurs enregistrés sur des supports chinois de très mauvaise qualité, phénomène nouveau du commerce parallèle illégal pratiqué par des « dealers » rattachés à des lobbies de trafiquants et de contrebandiers. 

La ruralisation de la Cité sauvagement imposée par les cités-ghettos ainsi que les localités dortoirs qui cernent les grandes villes se traduit explicitement dans des produits pseudo artistiques de basse gamme, voire d’un niveau indécent. Elle est également omniprésente à travers le comportement aussi bien individuel que collectif à tous les niveaux de la vie sociale.

theatre municipal 1955.jpgthéatre municipal 2.jpg

Théâtre municipal 1954 : Une impressionnante assistance féminine 

(à suivre)

[1] Charles SAUMAGNE, Carthage porte de Tunis, Alger, 1924

[2] Michel Malherbe & Amaury Rosa de Poullois, Musiques de l’humanité, Paris, 1997

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