Quatre mois après leur capture par l’armée américaine, Nicolas Maduro et son épouse Cilia Flores se sont retrouvés ce jeudi face au juge Alvin Hellerstein, un vétéran de la justice new-yorkaise âgé de 92 ans, qui est chargé depuis plus de dix ans de la vaste affaire de trafic de drogue dans laquelle est inculpé l’ancien président du Venezuela. L’acte d’accusation affirme que les deux inculpés auraient « collaboré pendant des décennies avec certains trafiquants de drogue et des narco-terroristes […] pour acheminer des tonnes de cocaïne vers les États-Unis ». Ils plaident non coupables. Leurs avocats demandent une annulation de l’acte d’accusation car ils n’ont pas eu le droit de choisir leur avocat et que l’administration américaine a empêché l’État vénézuélien de payer leurs frais de défense du fait des sanctions internationales qui pèsent sur leur pays. Selon la défense, c’est une violation d’un droit garanti par le sixième amendement de la Constitution américaine.
Ce procès, éminemment politique, repose sur le narratif du président américain démenti par les experts du narcotrafic. Le Venezuela n’est pas, loin de là, un pays producteur, mais un pays de transit qui n’a qu’un rôle mineur. Citée par CNN, l’agence américaine de contrôle des drogues estimait en mars 2025 que 84 % de la cocaïne saisie aux États-Unis venait… de Colombie. Et l’Équateur est une route autrement plus importante que le Venezuela. Et, contrairement à ce qu’avance Donald Trump, Nicolas Maduro n’est pas le « chef » de « cartels impitoyables », comme « le cartel de Los Soles » (cartel des Soleils) que Washington a classé comme organisation terroriste. Ce cartel n’existe pas et l’acte d’accusation ne retient même pas cette allégation.
Même si Trump affabule et se la raconte, le Venezuela de Maduro est un pays « coupable » où des violations de droits humains et des problèmes de corruption sont documentés. Il est également certain que Maduro et son entourage sont corrompus et que des proches du pouvoir ont été impliqués dans le trafic de drogue.
En quatre mois, le Venezuela a commencé à changer, le haut commandement militaire a été remplacé, des détenus politiques ont été libérés – il en reste environ 500 – et la vice-présidente, Delcy Rodriguez, reconnue comme présidente légitime, multiplie depuis les concessions et gestes d’apaisement à l’égard des États-Unis. La population, elle, ne voit guère de changements.
Lundi, des centaines de salariés et de retraités ont manifesté à Caracas pour exiger une augmentation des salaires « de la faim » et des pensions « de la mort », gelés depuis quatre ans alors que l’inflation a très fortement réduit le pouvoir d’achat.
Le salaire minimum mensuel – sans les primes – avoisine en janvier 0,43 dollar et la hausse des prix annuelle dépasse les 600%. La dernière augmentation date de 2022. Si le revenu peut atteindre 160 dollars grâce aux primes de l’État, il reste insuffisant face aux 645 dollars que coûte, selon des estimations privées, le panier de base alimentaire pour une famille. « Si de l’argent du pétrole est entré, il doit être utilisé pour augmenter les salaires », réclament les syndicats. Il ne l’est pas et de nombreux économistes s’accordent à dire que le Venezuela n’est pas en mesure de porter les salaires au niveau réclamé par les travailleurs, soit 200 dollars. Le secteur pétrolier s’est ouvert, mais au service des États-Unis dont les grandes compagnies sont réticentes à s’engager.
Quatre mois plus tard, le pays n’est pas vraiment engagé dans une transition démocratique et le régime reste autoritaire. Delcy Rodriguez a bien évoqué des élections mais le secrétaire d’État américain, Marco Rubio a déclaré qu’elle ne pourrait avoir lieu à court terme. Ces élections, la prix Nobel de la paix, Marla Corina Machado, mise à l’écart par Trump, les attend, sûre, dit-elle, de les gagner. Elle espère revenir bientôt dans son pays. Pour l’heure, l’occupant de la Maison Blanche pourra répéter qu’il le dirige. Il y a huit jours, à l’occasion de la victoire du Venezuela face à une équipe américaine dans la coupe du monde de baseball, il a écrit sur Truth Social : « Il se passe de belles choses pour le Venezuela ces derniers temps ! Quel est donc leur secret ? État n°51, ça vous dit quelque chose ? »
