Depuis la reprise des hostilités, provoquée le 2 mars dernier par le Hezbollah, plus de 4300 Libanais ont été tués et plus d’un million déplacés. Le cessez-le-feu du 20 juin reste lettre morte et les appels du président Aoun à Washington de « faire cesser » les attaques israéliennes ne sont pas suivis d’effet. Les prochaines discussions ont même été reportées au mois d’octobre à Rome et Israël ne veut rien céder, surtout en cette période électorale difficile pour Netanyahou.
Vendredi, le chef d’état-major de l’armée israélienne, le général Eyal Zamir, a affirmé que l’armée ne se retirera pas de la « ligne jaune » au Liban après la démolition des tunnels du Hezbollah qui étaient creusés sous la crête d’Ali Taher. 1 100 tonnes d’explosifs qui ont déclenché un mini séisme. Une force disproportionnée, totalement condamnable, une grave atteinte de plus à la souveraineté libanaise.
Les interventions armées de Tsahal au Liban ont d’abord eu pour cause la lutte implacable menée par l’Etat hébreu contre les Palestiniens, puis après l’éviction de l’OLP dans les années 1980, la création du Hezbollah, en réponse à l’occupation israélienne, a ouvert une autre période de tensions . Qui ne s’est pas arrêtée.
Soutenue et armée par l’Iran, le Hezbollah entend résister à Israël et défendre la souveraineté du Liban. Une mission sacrée qui le pousse à rejeter toute négociation directe avec Israël et à appeler le gouvernement à abroger l’accord-cadre conclu en juin. Appuyé par sa branche politique, le parti Amal qui participe au gouvernement, la milice refuse tout désarmement.
En réalité, deux Libans se côtoient, tantôt unis, tantôt désunis, l’officiel et le chiite. Le premier, reconnu internationalement, n’a pas les moyens de s’imposer au second. Le risque de guerre civile serait trop grand. Le Hezbollah, qui prend soin également de la communauté chiite – 25 à 30% des Libanais- exige le retrait total de l’armée israélienne et un engagement formel de Tel Aviv de ne plus jamais menacer le Liban.
Dans ces conditions, la question peut être posée : le Hezbollah résiste-il à un ennemi ou est-il un empêcheur de paix pour obéir à son « patron » iranien ? La majorité des Libanais souhaite la paix et une partie des chiites s’éloigne du Hezbollah et privilégie la sécurité.
Ce dimanche, le très influent patriarche maronite, le cardinal Béchara Raï, a affirmé que le monopole des armes par l’État constituait une condition indispensable à l’exercice de la souveraineté nationale. Il a souligné que ce monopole ne constituait ni la victoire d’un camp sur un autre ni une confrontation avec une communauté. Il s’agit, selon lui, d’établir une référence nationale unique, car «l’État ne peut fonctionner avec deux décisions» et la souveraineté ne saurait être complète lorsque les centres de décision se multiplient.
