Marine Le Pen n’a pas perdu de temps : redevenue éligible grâce au jugement de la cour d’appel, elle est partie en campagne ce matin, accompagnée de Jordan Bardella qui perd son rang de potentiel candidat aimé des jeunes. Sur le marché d’une petite ville de la Sarthe, La Flèche, le duo a pu se rendre compte que cette campagne risque d’être contrariée, chahutée : accueilli par un concert de casseroles offert par les insoumis de Mélenchon et leurs alliés écologistes, leur déambulation n’a duré que trente minutes au lieu d’une heure et demie. Mais celle qui célèbre sa « renaissance » a répété, ce qu’elle va sans cesse martelé : « je suis innocente ». Et ses concurrents, eux, ne manqueront pas de l’attaquer sur son honnêteté, sa moralité et donc sa capacité à diriger la France. Naguère, en 2013, la fille de Jean Marie Le Pen ne proposait-elle pas de créer des « peines d’inéligibilité à vie pour les élus condamnés pour détournement de fonds publics ».
Au-delà des suites judiciaires, du pari pris de se pourvoir en cassation au risque de se voir imposer le port d’un bracelet électronique pendant la campagne -elle fera tout, avec ses avocats pour retarder la décision – les électeurs français ne devraient-ils pas, avant de déposer leur bulletin dans l’urne, se poser quelques questions : peut-on confier la direction de notre pays à une condamnée ? Comment sera jugée, considérée notre France par les Européens, le monde s’il est représentée par une reprise de justice. Quelle image donnera-t-elle ? Certes, elle aurait un point commun avec Donald Trump, mais face aux Allemands, aux Chinois, aux Africains auxquels Paris a si souvent donné des leçons ?
Marine Le Pen a beau prétendre qu’elle n’est pas coupable, que le fautif est le Parlement européen, l’arrêt de la cour d’appel, qui donne aux citoyens français la responsabilité de l’élire ou non, est sans équivoque : il pointe « une stratégie globale et délibérée de contournement des règles de financement public », une « atteinte majeure aux valeurs républicaines et à l’impératif de probité qui doit guider l’action de tout représentant du peuple ». La cour d’appel estime que les agissements de Mme Le Pen et des siens altèrent gravement la confiance des citoyens dans les institutions démocratiques et nuisent à la crédibilité de la représentation nationale ». Au total, 24 membres du rassemblement national et le parti lui-même en tant que personne morale ont été condamnés.
Les 18 avril et 2 mai prochain, les Français trancheront.
