Le RN battu à Toulon et Nîmes, les alliances à gauche avec LFI vaincues à Poitiers, Besançon et Limoges: les premières estimations du second tour des municipales dimanche semblent indiquer un rejet des extrêmes. Le candidat PS Emmanuel Grégoire est élu maire de Paris donné largement gagnant devant l’ancienne ministre LR Rachida Dati, suivie de loin par la LFI Sophia Chikirou. L’ancien premier ministre François Bayrou perd sa ville de Pau, après l’échec de son passage à la tête du gouvernement.
La fin de ces municipales pourrait donner un coup d’accélérateur en vue de la présidentielle prévue dans 13 mois, avec un des principaux candidats déclarés, Edouard Philippe, qui sort renforcé par sa réélection au Havre. En rassemblant 48% des voix dans la cité portuaire qu’il dirige depuis 2010, l’ancien Premier ministre du président Emmanuel Macron entre 2017 et 2020 avait fait de cette réélection une étape incontournable vers sa campagne présidentielle. Dans un discours devant ses partisans dépassant largement le cadre de sa ville, le chef du parti de centre droit Horizons a déclaré “qu’il y a des raisons d’espérer quand tous ceux de bonne volonté se rassemblent dans un discours de vérité et qu’ils écartent les extrêmes et leurs facilités”.
Dès lundi, les présidentiables devront tirer les enseignements de ces scrutins locaux, marqués par des alliances inattendues et critiquées au second tour entre La France insoumise et les socialistes dans plusieurs grandes villes, ainsi qu’une offensive de l’extrême droite pour tenter de faire front commun avec la droite.
À Poitiers, la sortante écologiste Léonore Moncond’huy, qui s’était alliée au parti de Jean-Luc Mélenchon, a été sèchement battue par le centriste Anthony Brottier, tandis que le PS s’était retiré pour contrer cette fusion. Même chose pour une autre édile de la vague verte de 2020, Anne Vignot à Besançon, qui avait réuni toute la gauche mais s’incline face au candidat Les Républicains Ludovic Fagaut.
À Limoges également, victoire de LR, avec Guillaume Guérin, face à la gauche unie derrière le député LFI Damien Maudet.
Participation historiquement basse
À l’autre bout de l’échiquier, la députée du Rassemblement national Laure Lavalette, très proche de Marine Le Pen, n’a pas réussi son pari et échoue à Toulon face à la maire sortante divers droite Josée Massi. Même chose à Nîmes pour le RN Julien Sanchez, en tête au premier tour, battu par la liste d’union de la gauche hors LFI menée par Vincent Bouget.
Après Saint-Denis, deuxième ville d’Ile-de-France dès le premier tour, le mouvement de la gauche radicale remporte une autre grande ville, Roubaix (Nord) avec le député David Guiraud, fort d’une large avance il y a une semaine.
Comme la semaine dernière, la participation a été historiquement basse à ce second tour, si l’on fait exception de celle encore plus faible de 2020, en plein Covid-19. Elle s’affiche à environ 57% selon les institutions de sondage, même s’il y a un sursaut dans plusieurs villes où les batailles comprenaient le RN ou LFI.
Environ 17,1 millions d’électeurs étaient appelés à voter dans 1.580 communes et secteurs, sur quelque 35.000, après l’élection dimanche dernier de nombreux conseils municipaux au premier tour.
Paris et Marseille à gauche
Le candidat PS Emmanuel Grégoire est élu maire de Paris donné largement gagnant devant l’ancienne ministre LR Rachida Dati, suivie de loin par la LFI Sophia Chikirou, selon trois estimations publiées dimanche soir à l’issue du second tour des élections municipales en France.
Emmanuel Grégoire, à la tête d’une alliance PS-Les Ecologistes-PCF, remporte la capitale avec 53,1%, Rachida Dati, soutenue par Renaissance, Horizons et le MoDem, obtient 38%, et Sophia Chikirou 8,9%, selon une estimation Ipsos BVA Cesi pour France Télévisions, Radio France et Public Sénat/LCP-AN.
Le député de Paris recueille 50%, Mme Dati 40% et Mme Chikirou 10%, selon une estimation Toluna Harris Interactive pour M6 et RTL.
Grégoire a assuré que sa ville “sera le coeur de la résistance” à l’union de la droite et de l’extrême-droite, à un an de l’élection présidentielle de 2027.
Des bastions inamovibles
La gauche a conservé Marseille, deuxième ville de France, face au candidat du Rassemblement national (RN), un des résultats les plus attendus du second tour des élections municipales en France, selon des estimations concordantes. Le maire sortant Benoît Payan est crédité de 53% à 56,2% des voix, contre 39,1% à 41,5% au candidat RN Franck Allisio, dans des estimations des instituts Elabe-Berger Levrault pour BFMTV, Le Figaro et RMC, et Ifop-Fiducial pour TF1, LCI et SudRadio.
Les deux plus grandes villes de France font pourtant office d’exceptions dans le jeu des alliances. Car si le PS s’est refusé à tout accord national avec LFI, ses représentants locaux n’ont pas hésité à franchir le pas après un premier tour marqué par les bons scores mélenchonistes dans les métropoles. Les socialistes, qui gardent le leadership à gauche au niveau local, ont souvent accepté le ralliement des Insoumis, que ce soit à Nantes, Brest, Clermont-Ferrand ou Avignon. À Toulouse, c’est même derrière LFI que la gauche s’est rangée pour tenter de battre la droite.
Le PS espère conserver Lille, après avoir fusionné avec Les Ecologistes, mais aussi prendre à ces derniers Strasbourg.
Défaite écologiste à Bordeaux
Le maire écologiste sortant de Bordeaux, Pierre Hurmic, a annoncé sa défaite dimanche soir au second tour des élections municipales en France qui l’opposait au député Renaissance Thomas Cazenave.
Selon des résultats définitifs publiés en mairie, l’ancien ministre macroniste, appuyé par tous les partis de la droite et du centre, l’emporte avec 50,95% des voix, contre 49,05% au maire sortant, soutenu par le PS, le PCF, Génération.s et Place publique mais qui avait refusé de s’allier avec le candidat LFI éliminé au premier tour.
L’un des scrutins les plus serrés a lieu à Lyon: le sortant écologiste Grégory Doucet, qui a fusionné avec LFI, est au coude à coude avec l’ancien patron de l’Olympique lyonnais, Jean-Michel Aulas, soutenu par la droite et le centre.
Autre bastion de la vague verte de 2020, Bordeaux pourrait devenir une rare conquête macroniste, si l’ex-ministre Thomas Cazenave parvient à déloger le sortant Pierre Hurmic.
Eric Ciotti, transfuge de la droite allié à l’extrême droite, a été élu maire de Nice (sud), cinquième ville de France (360.000 habitants), selon une estimation de l’institut Ifop-Fiducial pour TF1, LCI et Sud Radio.
Le jeu du RN
Christophe Barthès devient le premier maire RN de Carcassonne.
Le parti compte aussi très fort sur son allié Eric Ciotti (UDR), ex-patron de LR favori à Nice, pour incarner le succès de la stratégie d’union de la droite et de l’extrême droite, que le président du RN, Jordan Bardella, tente d’imposer dans la course à l’Elysée.
Ciotti a obtenu 45% des suffrages exprimés, contre 39,5% pour le candidat de la droite Christian Estrosi et 15,5% pour celle d’une alliance de gauche (socialistes-communistes-écologistes) Juliette Chesnel-Le Roux, d’après cette estimation.
Signe des fractures du bloc central, le patron des Républicains, Bruno Retailleau, a refusé de soutenir Christian Estrosi (Horizons) en dépit des accords.
